This fanzine wrote a special on adaptations from literature, and since La ballade de Cheveu Rouge was new ...
 

ZOUNDS!, a magazine-sized French fanzine with a special on Auclair.

 

 

The illustration to the right was printed on the cover and never before or since used.
On the left we see a photo taken by fellow-artist and friend Mézières.                     
Transcribed below is the interview.

 

 

INTERVIEW de CLAUDE AUCLAIR

Peux-tu te présenter à nos lecteurs ?
AUCLAIR Claude, Né le 1er Mai 1943 en Vendée. Etudes pas brillantes malgré les dispositions... 8 ans passés, après un an de Beaux Arts et deux ans de Conservatoire d'Art Dramatique. Dans le milleu du thèâtre, j'ai cumulé les fonctions diverses de comédiens, machiniste, menusier, régisseur poer terminer comme décorateur. Ayant fait le tour de ces métiers, je me suis découvert de l’intérêt pour la bande dessinée par l’intermédiaire de mon ami Roquemartine, cela en 1967. Après un an et demi passé à réapprendre le dessin, j’ai fait quelques histoires dans COMICS 130, UNDERGROUND COMICS (1) et nombre d’illustrations et couvertures pour FICTION, GALAXIE, HITCHKOK MAGAZINE...Puis c’est Jason Muller à PILOTE, en 69, comme vous le savez.(2)

Quelle a été ta première planche ?
Une feuille sur laquelle j’avais aligné 6 images et dont j’étais très satisfait à l’époque. Quand le la regarde maintenant, j’en frémis.

Comment s’est fait ton entrée à PILOTE ?
Gir m’avait mis au point un scénario de quatre pages (“Après”), paru dans UNDERGROUND COMICS. Il m’a ensuite fait présenter cette histoire à Gosciny qui, a partir de ça, a accepté l’idée de Jason Muller.

Pourquoi la “valse” de scénaristes pour Jason Muller ?
La “valse” des scénaristes, comme tu le dis, c’est résumée à trois persones : Gir, Linus et moimême.(3) Gir, après le premier épisode, n’a pas eu le désir de poursuivre...Il me fourissait des découpages dessinés et je n’avais jamais travaillé sur un texte. J’ai donc tenté l’expérience avec Linus, ce qui a donné le second épisode “Le Dieu”. Pour les deux derniers épisodes, comme j’avais entre temps tenté d’être moi-même mon propre scénariste et que j’y avais pris goût, je m’y suis remis. A l’époque, mon souhait aurait été de travailler avec des scénaristes différents, malheureusement c’est très difficile, tant à cause des problèmes économiques que de la conception du travaill de chacun. De plus, nos situation géographiques favorisent peu et mal ce genre d’expérience. (4)

Tu as abandonnée Jason Muller. Pour quelles raisons ?
Non idée était de redémarrer, avec les deux dernier épisodes de Jason Muller, une longue série fragmentée en épisode de 8-9 ou 16 pages. D’où le nouveau titre “Chronique d’un temps futur”. Gosciny n’a pas jugé bon de donner suite à ce project. Quand à ses raisons, je ne les connaîtrai sans doute jamais...

Tu ne regrettes pas ce héros ?
Un peu de nostalgie peut-être...mais surtout la frustration de n’avoir pas eu la possibilité de réaliser ce que j’avais en tête.

Tu entres à TINTIN en 1971 avec “La saga du Grizzly”. Etait-ce un galop d’essaie pour faire connaître ton style aux lecteurs de TINTIN ?
Il faut poser cette question à TINTIN. Greg a eu les deux premières planches du Grizzly entre les mains et ce par l’entremise de SPIROU. C’est lui qui m’a contacté. Vous connaissez la suite.

Tu as donc présenté le “Grizzly” d’abord à SPIROU ? Pour quelles raisons ?
J’avais été pris en main par un agent qui devait démarcher pour moi auprès des éditeurs. Un avertissement pour les jeunes dessinateurs : refuser de passer par ce genre d’intermediaires.

Après “La saga du Grizzly, ce sont “Les naufragés d’Arroyoka”. Greg dit à qui veut bien l’entendre que ça n’a pas accroché” entre vous deux. Ton point de vue ?
C’est vrai. J’ai beaucoup d’estime pour Greg, c’est un personnalité forte, il a ses idées. De mon coté, je n’ai pas la réputation d’avoir un caractère facile. Mais rien ne dit que je ne retravaillerais pas avec Greg un jour. Il y a eu un malentendu au sujet d’Arroyoka, surtout en ce qui me concerne. Je l’avais visualé d’une certaine manière et je me suis trouvé avec un texte qui m’emmenait dans un autre direction...d’où cet “accrochage” qui a été difficile entre nous deux.

Y-a-t-il un espoir de retour de cette série ?
Non, je ne pense pas. Ce qui est fait est fait, il faut savoir en tirer les enseignements et passer a autre chose.

L’on te retrouve ensuite à RECORD où tu dessine les aventures de Cotriona MacKillican (5) sur un scénario de Acar. Pourquoi cette bande qui, somme toute, est une bande historique ?
Pour plusieurs raisons Claude Verrien et Véronique Brachet, les rédacteurs de RECORD, m’avaient proposé de travailler chez eux. Le contact avec Acar a été bon et l’esprit de la série me plaisait. De plus, je n’avais jamais dessiné de série historique. C’était tentant. Or, je venais d’essuyer trois refus systematiques de scénario par Gosciny. Il me fallait matériellement vivra et, à l’epoque, je commençais à avoir des doutes quant à mes possibilités de scénariste et dessinateur. J’étais dans une impasse d’où il me fallait sortir. Je remercie Acar, qui est un scénariste mal connu et mal aprécié, et RECORD de m’avoir offert ce tremplin.

En même temps que cette série, tu reviens à TINTIN avec Simon du fleuve. Il y a évidement une question que chacun se pose : pourquoi changes-tu si souvent de séries ? Pourquoi ne gardes-tu pas un héros une fois pour toutes ?
Parceque je cherche ce pourquoi je suis le mieux fait. Je ne suis pas un dessinateur au sens où le sont Giraud, Hermann ou d’autres. Il me faut d’autres motivations, d’autres sources d’intérêt. Avec RECORD, il y a eu pour moi, au niveau de l’expression graphique, une approche de ce que je souhaitais et aimais faire : ce dessin très contrasté que vous me connaissez. De plus, j’ai une certaine conception du récit que je voilais mettre en pratique.
D’où, peut-être, toutes ces expériences différentes jusqu’a maintenant. Je n’aime pas tellement ce concept de “héros”. Malheureusement, pour des raisons économiques, propres à la bande dessinée, il faut en passer par là. J’aimerais que l’on puisse placer la BD sur le même plan que le cinéma, traiter un sujet, avec des personnages, puis passer à d’autres thèmes avec de nouveaux protagonistes...Malheureusement, nous n’en sommes pas encore là. (6) Mais cela viendra peut-être un jour.

Revenons à Simon du Fleuve. Je pense, et je ne suis pas le seul, que tu est en train de donner une nouvelle dimension à la BD, Grâce à cette sèrie. Je crois que ce qui fait le génie de Simon du Fleuve ce sont les cases silencieuses qui contiennent toutes sortes de sentiments. Cela dit , c’est tout de même un série quelque peu déroutante pour les habitués de TINTIN ? Qu’en pense Greg et les lecteurs ?
Passe-moi ce terme “génie”, je trouve ce mot affreux. Je me considère comme un artisan qui essaie de bien faire son travail, c’est tout, de faire ce que j’aime, au mieux de mes possibilités. Je n’ai rien inventé. Nous avons dans notre profession de grands prédécesseurs qui nous on pas mal débrouillé le terrain. Pour la fin de ta question, c’est à Greg et aux lecteurs de TINTIN que revient la réponse. Je propose un travail. Si on aime, cela me fait plaisir; sinon, selon la formule consacrée, j’essaierais de faire mieux la prochaine fois.

Pourquoi as-tu monté les planches de cette manière, avec des formats différentes, des “Ballade de Cheveu-Rouge” 1 – 2 – 3...?
Il faut préciser qu’au départ j’entrevoyais cette histoire en une soixante de pages que je voulais découper en chapitres comme un roman. Le fait de ramener à 46 pages en a réduit le volume et la teneur des chapitres. Ce qui fait que l’on comrend effectivement mal le pourquoi de cette démarche. C’etait une tentative de narration qui n’a peut-être pas sa raison d’être, je ne sais pas ?...

D’où vient l’esprit de tes séries – l’ambiance je veux dire ?
Pas très facile de répondre. Je sens les choses comme cela. J’aime la nature, les gens, les raconter. Je suis né dans le marais vendéen où j’ai vécu jusqu’a l’age de 9-10 ans. C’est un pays plat , avec une végétation rare et un ciel immense au-dessus. L’été c’est desséché et l’hiver ça suinte l’eau jusque dans les maisons, des maisons de terre battue qu’on appelle des “Bourrines”. très basses pour parer au vent. L’hiver, on allait passer les soirées chez l’un ou l’autre, c’etaient les veillées de toutes les campagnes retirées ou pauvres. Les femmes se rangeait autour du foyer, les hommes à une table jouaient aux cartes, racontaient des histoires. C’est peut-être là que j’ai pris le goût. Une certaine nostalgie d’une façon de vivre, de percevoir les choses et les gens. On ne s’embarrassait pas de phrases pour dire ce qu’on avait à dire, on se taisait. Le silence des gens de la terre, c’est quelque chose...

Y aura-t-il un second épisode de Simon du Fleuve ?
Je l’espère

La “ballade de Cheveu-Rouge” est un “remake S.F.” du bouquin de Jean Giono “Le chant du monde”. Pour quelles raisons as-tu choisi cet auteur, et cette oeuvre en particulier ?
J’ai découvert l’oeuvre de Jean Giono l’année dernière, ça a été une véritable révélation. Pour la première fois dans la littérature contemporaine, je rencontrais un auteur qui formulait mes aspirations, quelqu’un qui me parlait d’hommes, des pages de chair et de sang, ça vivait, vibrant, je me suis laissé emporter par la vague. Giono est pour moi certainement le plus grand romancier de notre temps, car il y a su parler de nous, de nos angoisses, bien avant une certaine mode du retour à la nature. Ce qui m’a fasciné dans “Le Chant du Monde”, c’est l’aspect biblique, l’inéluctable, cette marche à la mort d’un homme pour que renaisse et vive son fils. Quelle merveille de parler de ces choses à notre époque. Je me suis prendre au piège de mon enthousiasme et, voulant en retraduire l’esprit, je n’ai fait qu’adapter un roman, ce qui n’était pas éxactement mon but. Je dois dire que tenter ce genre d’expèrience coûte très cher, et ce en plus de l’interdiction formelle de toute réutilisation de la “Ballade de Cheveu-Rouge”. Avis aux amateurs..... J’en tire un leçon, de cette expèrience, l’assurance de la mainmise de la bourgeoisie sur la culture et sa détermination à garder ce momopole à son usage. Donc interdition de démocratiser cetteculture et d’amener la masse à une approche quelconque par quelque moyen que ce soit. Ici, c’était le moyen de la bande dessinée pour faire appréhender un auteur. Si vous outrepasser ces interdits, tout le coeur, toute l’honnêteté que vous aurez mis à vouloir exprimer, retraduire vos sentiments, l’esprit d’un ouvrage, se trouvera opposé, soit à l’immobilisme, soit à la pression financière, qui est à l’heure actuelle un exellent moyen de briser les esprits trop entreprenants et trop rebelles. Je vous avoue que je n’ai ni l’âme d’un Cyrano, ni celle d’un Croisé, mais j’ estime que la culture est due à tout le monde, et par quelque moyen que se soit ; j’ai eu la chance d’y acceder, et je lutterai de toutes mes forces pour que d’autres y aient droit à leur tour. Pour l’instant, c’est par la bande dessinée, pour l’avenir nous aviserons. C’est une profession de foi que je fais là, elle n’engage que moi, bien entendu.

Si tu veux, nous allons revenir à des questions plus générales, maintenant que nous avons vu tes différentes séries. Et si je me réfère à Jason Muller, Simon du Fleuve, il apparaît que tu fais surtout de l’”Héroïc Fantasy”...
Je ne sais pas si le terme “Héroïc Fantasy” est propre à ce que je fais. Je préfère le terme “Western Fiction” qui résume mieux mes goûts. D’une part le Western (cinéma) : Little Big Man, Jeremiah Johnson, Un homme nommé cheval, Le convoi sauvage (avec le même Richard Harris), La horde sauvage, Un nommé Cable Hogue de Sam Pehkimpah, enfin une liste que je pourrais fournir encore (aucun goût pour le Western italien, que je déteste, ce en quoi je rejoins mon ami Tardi). Deuxième volet, mon goût pour la Fiction, mais d’une certaine fiction, celle que l’on qualifie de Post-atomique (8)...

Quelle est ta conception personelle de récit en images ?
Ce qui m’importe le plus, c’est de faire passer à travers de ce que je raconte ce qui me tient le plus à coeur : une manière de vivre ou l’on juge l’homme plus sur ce qu’il est réellement que sur ce qu’il représente. Je préfère discuter avec un clochard qu’avec un P.D.G. Mais si le P.D.G. est intéressant, pourquoi pas ? Ceci dit s’il vraiment intéressant, il ne restera pas P.D.G. longtemps, il changera rapidement de fonction. J’ai quelques amis québécois qui vous parleraient bien mieux que moi de tout cela.

Comment travailles-tu?
Comment je travaille ? Eh bien...comme tout le monde. Pour le format, au double (4 fois la page du journal). Un petit peu plus quand même, après vérification. Dessin au crayon, encrage au pinceau, quelquefois au marqueur, rarement à la plume. Pour l’histoire même, j’écris un synopsis assez détaillé que je découpe en séquences assez détaillées aussi. Je travaille à partir de cette base. Crayonnés de mise en page, nombre d’images, leur substance...
Ensuite j’en établis un découpage dessiné plus précis et je passe à l’exécution. (9) Ce que jáime dans ce système, c’est qu’il n’est pas figé comme avec le découpage d’un scenariste (c’est une opinion toute personnelle) et qu’il laisse une certaine liberté pour l’éxécution de la planche.
Je peux ajouter ou retrancher des images, des détails, des plans, les transformer à souhait. Tout le long de l’éxécution, je sais ce que je ferair dire, en gros, aux personnages, je n’écris le dialogue qu’en dernier, pour les mêmes raisons de liberté.
Je me suis aperçu que souvent, on ne pouvait pas dessiner éxactement ce que l’on souhaitait. Ca arrive... Alors, le texte, s’il est préétabli, ne colle pas très bien avec l’image...

Combien de temps pour une planche ?
Variable. En ce qui me concerne, deux pages par semaine.

Puisque tu practiques les deux genres, prefere-tu les histoires complètes ou les histoires à suivre ?
Les deux ont leur intérêt, cela dépend du récit.

Quel est ton personnage préféré ?
Aucun ne m’est particulièrement sympathique. Il u en a deux pour qui j’airais plus de tendresse: Jerediah Simms dans le Grizzly et le guérisseur dans Simon du Fleuve. Et aussi, tout compte fait, Manuela dans Arroyoka. J’aurais aimé lui donner plus de profondeur psychologique.

Quel est, de tous tes scénaristes, celui que tu préfère ?
Moi bien sûr, hé hé !

As-tu eu des problèmes avec la censure ? Je me souviens du dernier épisode de Jason Muller et de l’accouchement...Je dois dire qua, à ma connaissance, c’était la première fois que quelqu’un osait montrer ça dans une BD...
Jamais eu de problèmes directement. Mais disons qu’il y a une autocensure qui se fait, tant à notre niveau qu’a celui des rédactions. Il est un fait que j’ai été surpris quand Gosciny m’a accepté ce scénario de l’accouchement, car finalement il est très violent. Alors que je me suis vu refuser les suivants, qui l’étaient beaucoup moins, mais qui avaient peut-être une coloration “politique” plus prononcée. Alors que tous les moyen d’information (télé, cinéma) oisent de plus en plus de choses, la B.D. est encore maintenue dans un ghetto, sous pretexte que c’est de la littérature enfantine. C’est absurde. Ca n’est pas agir honnêtement que de refuser de voir les problèmes en face. Il y a une grande évolution chez la jeunesse et je suis souvent surpris de leur lucidité et de leur bon sens. Et puis, qu’est-ce-que cela veut dire adulte ou pas adulte, c’est une notion complètement périmée. Je rencontre des jeunes gens qui apréhendent la vie avec bien plus de maturité que n’en ont beaucoup de prétendus adultes.

Si tu trouvais un journal absolument libre de toute censure, où tu pourrais dessiner et écrire ce que tu veux, que ferais-tu ?
La même chose, sauf que j’y mettrais peut-être moins de nuances. Je crois qu’on peut dire beaucoup de choses, tout dépend de la façon dont on le dit. Contourner la censure, c’est en quelque sorte en montrer l’inutilité et l’absurdité.

Quels sont tes maitres et tes influences, tant pour le texte que pour le dessin.?
Je suis passé par tous les stades de Raymond à Caniff. Disons que ceux qui correspondent le plus à mon caractère sont Caniff et Foster et je viens de découvrir, depuis quelque temps, Joe Kubert qui me séduit assez. Mais j’admire aussi beaucoup Jijé et tous mes collègues français ou belges qui sont en train de changer pas mal de choses dans le Landerneau de la BD. Internationale. Mais d’autres influences me viennent de la litérature et du cinéma, comme vous avez pu le constater.

Tu est aussi un illustrateur, témoin les illustrations faites pour l’album des Jeunes, la couverture d’un roman de Pierre Pelot (“une autre terre” si je ne m’abuse) (10) Que trouves-tu d’attirant dans l’illustration ?
C’est bien rénuméré ! Cela dit, pour Pelot, c’est complètement différent. Nous sommes deux vieux copains qui n’avont encore jamais réussi à travailler ensemble. Bien que l’envie ne nous en manque pas . Mais je crois que ce voeu commun va pouvoir se réaliser bientôt. Pour l’album des Jeunes, je n’avais jamais fait de couleur et je voulait essayer, mais je ne trouve pas que le résultat soit très évident.

Une question basement matérielle: combien es-tu payé ?
Comme tous mes collègues !

Tu ne veux donc pas dire combien tu gagnes? Peur du fisc ?
Les problèmes d’argent m’ennuient.

Hum ! Quittons vite ce domaine financier que tu ne sembles pas apprècier et parlons un peu de toi ? Aimes-tu ton métier ?
Oui, bien que je ne compte pas passer ma vie à ça. Quand j’aurai fait le tour des possibilités qu’offre la BD., j’irai peut-être faire un tour de coté du cinéma, l’avenir nous le dira.

Fais-tu du sport ?
Oui, je jardine. Tous les printemps, je remets mon jardin en état, pas au motoculteur, à la bêche. Sinon, je vais faire les courses au village voisin en bicyclette. Et, confidentiellement, bien que ça n’est rien de bien sportif, avec ma femme nous faisons des confitures (il faut quand même monter dans les arbres cueiller les fruits).

Quels sont tes goûts en matière de littérature ?
Assez divers. Ca va de Balzac à Giono, en passant par Steinbeck, Dos Passos et...Nous deux.

Je suppose que tu lis des ouvrages de S.F. et...
Honte sur moi ! Si je lis beaucoup, je ne lis pratiquement plus de S.F. J’en ai fait une grande consomation entre 17 et 20 ans et, depuis, pas grand chose...J’ai surtout lu beaucoup de novelles. Les seuls romans dont je me souvienne sont “Les Enfants d’Icare” d’Arthur C. Clarke et “Cugel l’astucieux” de Jack Vance. C’est dire !.

Et les journaux de B.D. il t’arrive quand même d’en lire?
Oui, un peut de tout ce qui me tombe sous la main. Beaucoup de Comics américain. A vrai dire, je les regarde plus que je ne les lis.

Ton avis sur L’Underground ?
Formidable, bien qu’il faille faire des réserves. Tout n’est pas bon. Mais cést surtout l’esprit du mouvement qui est intéressant. Il est domage qu’en France on ne se démarque pas suffisamment des américains. Les seuls, à mon avis, ayant réussi quelque chose d’original chez nous sont Gotlib, Mandryka et Bretecher avec “L’écho des savanes” (11) (vous n’oublierez pas ma petite enveloppe, les copains, toujours la même adresse)

Que penses-tu des fanzines et de cette mode BD ?
La mode est toujours suspecte et à double tranchant. Si les fanzines passent ce cap, ils auront atteint leur but : faire prendre à la BD. La place qui lui est due.

Des amateurs viennent-ils te demander conseil ? Que leur responds-tu ?
Quelquefois. Mais que voulez-vous leur dire, j’ai tellement de difficultés à resoudre mes propres problèmes...

Tes Projets ?
Continuer Simon de Fleuve d’une part, et, en compagnie de mon ami Pierre Pelot, je réalise les illustrations de son prochain roman, un western, mi-texte, mi-dessin, édité par les éditions de l’Amitié.

Le mot de la fin ?...
Merci !

J. J. DUPUIS


(1) Fanzine semi-professionel, décédé en 1970, après un numéro 0 fort prometteur. Dirigé par Henri Fillipini, avec la collaboration de Moébius (Gir), Auclair, Got, Moliterni, Loro, Gigi, et la plupart des fanatiques de S.F. travaillant à PILOTE.
(2) publié en réalité en Février 70
(3) ...ce qui fait quand même beaucoup pour 34 planches en tout !
(4) Auclair habite en Seine et Oise.
(5) Orthographié parfois aussi Catriona MacKilligan.
(6) En France et Belgique, non, mais en Espagne, si. Plus de la moité des bandes publiées par TRINCA forment un tout en elles-mêmes et ne sont pas destinées à avoir une suite.
(7) “Le chant du monde” est paru en 1934 et appartient au cycle “Colline”(1928), “Regain” (30) etc...
(8) Cést avec l’entrée de Valérian à PILOTE (la cité des eaux mouvantes) qu’a commencé l’orientation vers la S.F. de la B.D. française en général, et de PILOTE en particulier. Avec l’arrivée de Druillet, le mouvement se modernisera encore plus. Néanmoins, il est certains que l’esprit a susité de nombreux dérivés: Thorkaël, Richard Bantam et surtout Jason Muller.
(9) Le travail de préparation d’une planche par Auclair a fort bien été montré dans RECORD no 11 (nouvelle série) de novembre 1972.
(I0) A na pas confondre avec “Pour une autre terre”, titre de la version française du roman d’Alfred E. Van Vogt : “Rogue Ship”.
(II) Pour vos commandes, adressez-vous à : L’ ECHO des SAVANES, 39 rue des abbesses 75018 PARIS. (insertion publicitaire entierement gratuite).

INTERVIEW with CLAUDE AUCLAIR



Can you introduce yourself to our readers?

Claude AUCLAIR born first of May in Vendée. No brilliant study, because of circumstances... 8 years went by, one year of Visual Arts, and 2 years School of Dramatic Art. In the theater-business I held several functions such as comedian, engineer, carpenter, director and in the end set-builder. After these professions I discovered an interest in comics thanks to my friend Roquemartine by the time of 1967. After a year and a half went by I relearned drawing and I made some stories in COMICS 130, UNDERGROUND COMICS (1) and several illustrations and covers for FICTION, GALAXIE, HITCHCOCK MAGAZINE... Next it was Jason Muller in PILOTE in 69 as is known. (2)

What was your first page?
A sheet of paper on which I drew 6 images. I was proud at the time, but now I shiver when I see it.

How did your introduction at PILOTE happen?
Giraud helped me finish a 4 page story (“Après”) for UNDERGROUND COMICS. He showed that story to Goscinny after which he accepted the idea of Jason Muller.

Why the multitude of scenario-writers for Jason Muller?
That multitude was restricted to only three writers : Gir, Linus (=Pierre Christin) and me. (3) After the first episode Gir did not want to continue… He gave me some drawings of situations, and never again I have worked with text. I was tempted to work with Linus for the second chapter “Le Dieu”. The last two chapters I was my own writer, because I grew a taste for it. At that time my wish was working with different writers. Too bad this is very hard to do, because of practical problems as well as having to put up with other peoples ideas. Furthermore our geographic situation favours little, certainly not those experiences. (4)

You have abandoned Jason Muller. For what reasons?
After the last two chapters the idea existed to make chapters of 8-9 or 16 pages. And a new title “Chronicles of a Future World”. Goscinny was not positive about a continuation. His reasons will never be known to me…

Aren’t you sorry for this hero?
Some nostalgia, maybe… but certainly it did frustrate me of not having had the possibility of realizing my thoughts.

In 1971 you were published in TINTIN: “Grizzly”. Wasn’t it better for the readers of TINTIN to introduce them to your style first?
You need to ask this question at TINTIN. Greg had the first two pages of Grizzly in his hands thanks to mediation of SPIROU. He contacted me. And the rest is known.

You have shown “Grizzly” first to SPIROU? Why?
I was contacted by an agent and he approached editors for me. An advice for young artists: refuse to be represented by these middlemen.

After “Grizzly” came “Les naufragés d’Arroyoka”. Greg tells to whoever wants to listen, it didn’t get on between you two. Any comment?
True. I feel lots of appreciation for Greg, strong personality, ideas of his own. I have no easy-going character. But cooperation with Greg might still happen. About Arroyoka we had a misunderstanding, at least I had. I saw it in a certain way, but its text led me in an other direction… hence that ‘collision’ which caused difficulties between us.

Is there hope this series might return?
No, I don’t think so. What happened happened, one should learn one’s lessons and move on.

Next we saw you at RECORD drawing the adventures of Cotronia MacKillican (5) scenario by Acar. Why a historical story, of all things?
Claude Verrien and Véronique Brachet, editors at RECORD, for several reasons asked me to work for them. Contact with Acar was good, and I liked the spirit of the series. Furthermore I had not drawn historical series before. It was tempting. Recently Goscinny had categorically refused three plots. I had to earn a living, and I began doubting my abilities for writing as well as drawing. I felt compelled to leave. I thank Acar, who is less known and valuated, and RECORD for having given me a stage.

In those days you also went back to TINTIN with Simon of the River. There is one question everybody asks: why do you change so much of series? Why not once and for all one hero?
Because I am looking for the best in me. I am no artist like Giraud, Hermann, or others. I need other motivations and sources of interest. At RECORD, for me, there was a level of graphic expression towards what I like: that picture is not how you know me. Furthermore, I had plans for the story that needed to be put into practice.
Right here, perhaps, all previous experiences. I do not like that ‘hero’ concept. For economic reasons, inherent to comics, luckily we have to go on. I would like to see comics on the same level as cinema, where a subject is given form by people, after which other themes are dealt with by new main characters. Unfortunately we still haven’t arrived there. (6) But perhaps that will come someday.

Let’s go back to Simon of the River. To my opinion, and I am not the only one, you are about to give a new dimension to comics, thanks to that series. I think what makes Simon of the River special are the moments of silence containing all kind of emotions. Well, for the ones who are accustomed to TINTIN-magazine it is strange. What does Greg and the readers think of it?
I am no genius, hate that word. I see myself as a craftsman who tries best to master his craft: doing what I like, to the best of my possibilities. I invented nothing. In this trade we have a great tradition. As for the last part of your question: it is up to Greg and the readers of TINTIN to answer. I present my work, and if people like it fine; if not, I try harder next time.

Why did you arrange your original pages with different sizes; like “Ballade de Cheveu-Rouge” #1 - #2 - #3…?
It needs to be said here, that I saw that story as a collection of some 60 pages which I wanted to divide in chapters, like a novel. But it was limited to 46 pages and necessarily that had its impact on chapters. Hard to understand. It became an attempt in storytelling which perhaps had no reason of being? I don’t know.

Where does the spirit of your stories come from? Atmosphere I would like to say.
Not an easy question. I feel things like that. I love nature, people, storytelling. I was born in the Vendee-swampland, where I lived up to 9-10 years of age. Its vegetation is unique. Summer is dry there, and fall brings the water to the houses; houses of earth having the name “Bourrines”. These are low to fend off the wind. In the fall we passed the evenings with one or the other, like everywhere was done in faraway or poor areas. Women around a fire; men around a table, playing cards, and telling stories. Perhaps it was there where I acquired the taste for it. Nostalgic feelings about a certain way of life, of how to see things and people. One is not ashamed for using words or sentences when wanting to say things. Silence of the people of the earth; something great…

Will there be a second volume of Simon of the River?
I hope so.

The “Ballade de Cheveu-Rouge” is “Le chant du monde” by Jean Giono in SF-style. Why did you choose for that author, and that novel?
I discovered the creations of Jean Giono last year. It was a true revelation. For the first time in contemporary literature I met an author who voices my aspirations, someone who talks about humans, pages of flesh and blood, alive, I have been carried away in mist. Giono for me is the greatest romancer of our time, because he has something to say about us, our fears, and a certain way of going back to nature. What has interested me in “Le Chant du Monde” was its biblical aspect; the inevitable; that march of a man towards his death to make his son come to live again. It is a miracle talking of those things in our time. I was caught by my enthusiasm, and wanting to retrace that spirit, all I did was adjusting a novel, which was not quite my goal. Not only tempting, but also costly, and furthermore a categorical “no” against any re-use of “Ballade de Cheveu-Rouge”. Advise for newcomers… I learned my lesson from it: bourgeoisie will always use its grip on culture, and will never fail to uphold its monopoly. Not wanting to share culture with the masses anyway possible. This here is the way of the world of comics to call for appreciation for a writer. If you do not pay attention to the restrictions, the whole heart, and all the honesty you want to express; it all will be opposed, either by immobility or financial pressure, which is at this moment a perfect way of tempering undertaking or rebellious spirits. I assure you I am not Cyrano, neither someone crucified, but I strongly believe culture belongs to everybody and in every way; I had the chance of reaching it, and will be fighting with all forces I have to ensure others have that same opportunity. For the moment it is through comic, and in the future we will see. I do this, because I believe in it, as far as I am concerned.

If you don’t mind we’d rather go back to more general questions, now that we have seen different series of you. And when I am referring to Jason Muller, Simon of the River, it seems as if you prefer “Heroic Fantasy”…
I do not know if the term “Heroic Fantasy” covers what I make. I prefer the name “Western Fiction” which suites me better. Westerns like (in cinemas) Little Big Man, Jeremiah Johnson, A Man Named Horse, Man in the Wilderness (with the same Richard Harris), The Wild Bunch, The Ballad of Cable Hogue by Sam Peckinpah, well I could go on (no taste for Italian Westerns; I hate them, and my friend Tardi does too). My taste in Fiction is limited to what is called Post-Atomic (8)…

What is your personal opinion of a story in pictures?
What concerns me most is passing on my stories: a way of life where man is no longer judged on what he really is, but on what he stands for. I’d rather talk to a clochard than to a president of a corporation. But if the president of a corporation is interesting, then why not. If he actually has interesting things to say, he will not stay president of a corporation for long. I have several friends in Quebec, who talk better about that, than I do.

How do you work?
How I work? Well, like everybody. About size: double (4 times the page of the magazine). Actually a little bit bigger. Drawings with pencil; inking with brush, sometimes with a marker, I rarely use pens. As for the story: I write a detailed base plan and divide it in detailed scenes. That is where I depart from. Pencil is used to draw a rough page; number of images; contents…
Next I create a more detailed drawn division of that page and I start. (9) What I like in this line of business is that it is not like the cutting of a script-writer (a purely personal opinion), and leaves a certain liberty in creating the page. If I wish to I could change, leave out and insert details. During the process I know what to tell, but the conversation of the characters I fill in last, for the same reasons of liberty.
I am aware of the fact that often one can not draw exactly what one wishes. That happens… When text is determined beforehand images might not be in accordance…

How long do you work on one page?
That depends. If interesting: two a week.

Since you worked on both, what do you prefer: complete stories or serial stories?
Both are interesting; that depends on the story.

What character do you prefer?
None has my preferences. But there are two for whom I have special feelings: Jerediah Simms in Grizzly, and the healer in Simon of the River. Taken all into consideration also Manuela in Arroyoka. I would very much have liked to go further with them.

Who, of all writers you worked with do you prefer?
Well, me, ha ha!

Did you have problems with censorship? I remember the last episode of Jason Muller and the woman who gave birth… As far as I know that was the first time in comics it was shown…
Never had direct problems. But let us say there is self-censorship in our level as well as that of editors. It is known that I was surprised Goscinny accepted that script, because at the end it is very violent. Although all sequels were less violent and had a more pronounced political color they were refused. There are more and more things with other forms of information (t.v., cinema), but comics are kept in a ghetto under the pretext it is children’s literature. It is ridiculous. It is unfair not wanting to face these problems. Youth goes through a great evolution and I am often surprised by their bright and common sense. Grown up and youth, this is outdated. I meet youth who is more mature than many grown ups.

If you would find an absolutely censure-less magazine, where you can draw what you want, what would you do?
The same things, perhaps with less nuances. I believe we can say a lot, depending on the way it is said. Twisting censorship is a bit like exposing its uselessness and absurdity.

Who are your idols and influences for text as well as drawings?
I am surpassed by everyone from Raymond to Caniff. Let us say that I feel most for Caniff, and Foster, and since some time Joe Kubert. But I also admire Jijé and all my French and Belgian colleagues that are currently working a nice change in international Landerneau [a place with lots of noise and uprooting] of comics. But other influences have come from literature and cinema, as was noticed.

You also are an illustrator, as we can determine from illustrations made for l’Album des Jeunes, a cover for a Pierre Pelot novel (“Une Autre Terre” if I am not mistaken) (10) What do you find interesting in illustrations?
The pay is better! But in the case of Pelot it was something else. We are old friends who never were able to work together even if we wanted to. As for the Album des Jeunes: I have never worked with color and wanted to try, but the result was not very clear.

A basically material question: what is your fee?
The same as all my colleagues!

You don’t want to say how much you earn? Afraid of taxes?
I am not interested in the affairs of money.

Hmm! Let us leave this financial subject in a hurry, because you do not like this. Do you like your trade?
Yes, but it is not a thing I want to do all my life. When I have tried all possibilities comics has to offer, perhaps I will do some cinema-work. Time will tell.

Do you engage in sports?
Yes, I do gardening. Every spring I bring my garden in order. Not with a motor plough, but with a spade. If you don’t see me in the garden I go shopping to the next village by bike. And, that is not very sporty, together with my wife we make marmalade (gathering fruits one needs to climb trees).

What literary writers you like?
A broad region. From Balzac to Giono, and in-between Steinbeck, Dos Passos, and… we.

I reckon you read works of S.F. and…
Shame on me! I read a lot, but almost no S.F. anymore. When I was between 17 and 20 years of age I read lots of them. Not much ever since. I sure read a lot of short stories. The novels I remember are “Childhoods End” by Arthur C. Clarcke and “The Eyes of the Overworld” by Jack Vance.

About comic-journals, you manage to read them?
Yes, a little of everything I can put my hands on. Lots of American Comics. Actually I look at them rather than that I read them.

Your opinion on Underground?
Fantastic, but with reservations. Not everything is good. But its spirit of the movement is interesting. Too bad in France the following of Americans is little. Our only original artists, to my opinion, are Gotlib, Mandryka, and Bretecher with “L’Écho des Savannes”. (11) (do not forget my little envelope, comrades, address still is the same)

What do you think of fanzines, and of that development in comics?
Mode is always suspicious and double edged. If they rounded the cape, they have arrived at their goal: getting hold on comics. Their rightful place.

Do amateurs come for advice? What do you tell them?
Sometimes. But what can one say to them? I have enough difficulties solving my own problems…

Your future plans?
Continuing Simon of the River, and, together with my friend Pierre Pelot, I make illustrations for his next novel, a western with half text, half illustrations, and edited by the Éditions de l’ Amitié.

Last word?...
Thanks!

J. J. DUPUIS


(1) Semi-professional fanzine, stopped in 1970 after a very promising number ). Directed by Henri Fillipini with work of Moebius (Gir), Auclair, Got, Moliterni, Loro, Gigi, and most of the SF-fanatics working at PILOTE.

(2) actually published in February 1970

(3) …which is much for 34 pages total!

(4) Auclair lives in département Seine et Oise.

(5) Sometimes also written Catrions MacKilligan.

(6) In France and Belgium: no, but in Spain: yes. More than half of the books published by TRINCA are one-shots without a follow up.

(7) “Le chant du Monde” first appeared in 1934 in the cycle “Colline” (1928), Regain” (30) etc…

(8) After the entry of Valerian in PILOTE (The City of Shifting Waters) an orientation began towards S.F. in French comics in general, and in PILOTE in particular. With the arrival of Druillet the movement was even more modernized. Many adapts exist: Thorkaël, Richard Bantam, and above all Jason Muller.

(9) The work of preparing a page by Auclair is very well shown in RECORD number 11 (new series) of November 1972.

(10) Not to be confused with “Pour un autre terre” Which was the French title for “Rogue Ship” a novel by Alfred E van Vogt.

(11) For orders, write to: L’ECHO des SAVANNES, 39 Rue des Abbesses 75018 Paris (this advertisement is for free).


Le version français ici est comme Zounds! faisait les erreurs à la machine.